Quand on prépare une sleeve gastrectomie ou un by-pass, cela dure des mois. Pour Jonathan il s’est écoulé 11 mois entre le premier rendez-vous avec l’endocrinologue qui a démarré le parcours, et le jour de l’opération. Du coup au fur et à mesure que la date approchait, la tension montait et le jour J arrivé rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé. Voici l’envers du décor… 😉

La semaine avant l’opération

Cette semaine là j’ai eu beaucoup de mal à penser à autre chose que l’opération. Jonathan était dans le stress de finir un maximum de boulots ne sachant pas dans quelle mesure il pourrait reprendre son travail dans les semaines qui suivraient la sleeve. Il a même préparé tout ce qu’il fallait pour que je puisse gérer la transition pour les clients si par malheur il y avait un souci pendant l’intervention et qu’il ne s’en sortait pas ou ne serait pas en état de gérer… Il faut savoir que nous travaillons ensemble dans notre propre société de création d’applications et de sites Web. Du coup il faut veiller à ce que tout se passe bien pour nos clients et pouvoir réagir en cas de pépin avec un serveur…
Bref, on était tous les deux dans l’appréhension de l’opération chirurgicale en elle-même, et pourtant on se disait bien qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter. L’équipe du chirurgien est bien rodée, ce sont des spécialistes qui pratiquent chaque semaine ce genre d’opération… Toutes les conditions de préparation étaient très bonnes, et tous les examens médicaux étaient bons. Mais on ne peut pas s’empêcher d’imaginer le pire.

Le jour de l’opération

Ce fut la matinée la plus longue de ma vie je crois. Jonathan était convoqué à 7h le matin. Du coup levés vers 5h30, il a pris sa douche à la bétadine à la maison (il était à jeun depuis minuit) pendant que moi je me forçais à avaler un petit déjeuner (je ne me souviens même plus de ce que j’ai mangé) et zou, en route ! On avait 45 minutes de route, mais prévu large pour être sûrs d’arriver à l’heure.

Arrivés là bas avec 10 minutes d’avance, il a fallu attendre que l’ordinateur de la secrétaire de l’accueil veuille bien s’allumer pour faire les papiers d’admission. Ensuite on est partis dans le service pour s’installer dans la chambre. Mais là, à peine arrivés on nous a accueillis en nous disant de ne surtout pas trop nous installer. Comme Jonathan fait de l’apnée du sommeil ils avaient prévu de le garder dans le service de soins continus au moins une nuit après l’opération pour que ses constantes soient surveillées, notamment au niveau de la saturation en oxygène et la tension. Du coup la chambre où on est arrivés ne serait finalement pas la sienne…

En fait tout s’est passé très vite. Dès 7h20 ils sont venus le chercher. Il avait tout juste eu le temps d’enfiler la blouse et les chaussettes de contention. Et on n’a pas du tout eu le temps de se dire au revoir. Ils ont débarqué à plusieurs en disant qu’il fallait se dépêcher, donc je me rappelle juste avoir réussi à lui faire un bisou, et marmonner un “à tout à l’heure”… Ce n’est pas du tout comme ça que j’imaginais la scène. J’ai vu un brin de panique dans ses yeux, et moi j’avais juste envie de pleurer…

Une fois qu’il est parti, comme ils ne savaient pas encore quelle chambre il aurait à son retour du bloc, je n’ai pas pu attendre dans une chambre. On m’a gentiment fait comprendre que je pouvais rentrer chez moi, chose que je n’avais pas du tout envie de faire bien sûr, en plus à 45 minutes de route… Du coup j’ai pris mon sac et mon manteau et je suis repartie dans les couloirs de la clinique. Je me suis installée sur le canapé en face du bureau d’accueil. Je n’avais envie de rien. La seule chose que j’avais en tête c’était que mon chéri était dans la salle d’opération et que sa vie était en jeu. Et à ce moment-là on a du mal à se projeter dans toutes les bonnes choses que ça va engendrer. On pense juste que l’autre n’est pas là, qu’on ne peut pas être près de lui, et que de toute façon on ne peut rien faire. Donc je suis restée assise là et je me suis mise à pleurer. Des larmes de sentiments mélangés… Le sentiment d’impuissance, le soulagement d’être enfin arrivés au jour J et de savoir que les choses allaient pouvoir changer en mieux, et aussi l’appréhension de ce qui allait venir après, la douleur, le réapprentissage de l’alimentation, les changements… Tout se bousculait en même temps dans ma tête.

Je suis restée comme ça un long moment, à regarder l’heure et à imaginer où il en étaient dans l’opération. Au bout d’un moment je me suis résignée à aller faire un tour à la grande surface juste à côté de la clinique. J’ai erré dans les rayons sans but précis, me suis acheté à manger pour le midi… Et une fois à la caisse vers 10h15 le chirurgien a appelé sur mon téléphone portable. La conversation a été tellement rapide que je n’ai pas eu le temps de réaliser. Il m’a juste dit que tout s’est passé comme prévu, pas de souci particulier, et qu’il était parti en salle de réveil.

Ensuite vers 11h j’ai appelé le service et j’ai eu une infirmière qui a pu me dire que tout s’était bien passé. Par contre il n’était pas encore monté dans sa chambre, il était en salle de réveil. Et on m’a informée que dans le service de soins continus les visites étaient de 14h à 20h. Il fallait donc que j’attende. J’ai eu beau insister sur le fait que j’étais sur place et que mon mari souhaitait que je sois auprès de lui dès que possible, l’infirmière n’a rien voulu savoir… Du coup j’ai dû patienter, de retour sur le canapé en face de l’accueil… Soulagée de savoir que tout s’était bien passé j’ai réussi à regarder quelques épisodes d’une série que j’avais chargée sur ma tablette, et j’ai grignoté mes sandwichs avec un café du distributeur en attendant l’heure.

Les retrouvailles, enfin façon de parler…

A 14h pétantes j’étais devant la porte de la chambre et là je suis entrée pour découvrir mon chéri tout blanc dans son lit, branché de partout avec la perfusion, de l’autre côté le brassard pour la tension, le drain avec la petite bouteille par terre, et la canule d’oxygène dans le nez. On entendait le bip de ses pulsations cardiaques et le petit soufflement de l’oxygène. Il a tourné la tête vers moi et a juste prononcé faiblement “ Enfin…” et il a refermé les yeux.

Je lui avais promis que je ferais tout ce que je pourrais pour être près de lui le plus tôt possible. Il appréhendait beaucoup le réveil et le sentiment d’impuissance de ce moment. Du coup une fois que je suis arrivée il était rassuré que je sois là pour veiller sur lui. Il était complètement dans les choux, avait du mal à parler. Il était sous morphine à cause de la douleur. Il a dormi ou plutôt somnolé tout l’après-midi. Quand il essayait de discuter il n’avait pas la force d’écouter la moitié de ma réponse 🙂 Parfois je me déplaçais de l’autre côté du lit, et il continuait à fixer l’endroit où j’étais juste avant… La machine qui surveillait ses constantes n’arrêtait pas de sonner à cause de ses apnées dès qu’il s’assoupissait, du coup les infirmières ont décidé de lui mettre sa machine pour ventiler la nuit. Comme elle ventile à sa place ça lui permettait de se décontracter plus facilement n’ayant plus d’effort à faire pour respirer, car même ça c’était douloureux.

Voilà comment s’est passé cette journée. Je suis restée près de lui jusqu’à 20 heures passées, et ensuite je suis rentrée retrouver les enfants.

Et les enfants alors ?

Nos enfants ont été juste exemplaires. Je suis très fière d’eux… Il ont 16, 14 et 12 ans. Le matin ils se sont gérés pour sortir à l’heure au car. C’était un mercredi donc quand ils sont rentrés le midi la grande a fait à manger, et le soir pareil. Ma grande m’avait dit “ne t’inquiète pas pour nous maman, je gère”. Du coup j’ai pu rester avec Jonathan l’esprit tranquille. Quand je suis rentrée j’ai fait le tour des chambres et ils étaient tous sagement au lit et la vaisselle était faite 🙂

Tout au long de la journée je les ai tenus au courant par sms, et je sais que ça n’a pas été une journée facile pour eux non plus. La grande avait un devoir surveillé et m’a avoué ne pas avoir réussi à se concentrer, ce que je comprends très bien…

Voilà, ce récit est plus long que ce que je pensais, mais je voulais partager avec vous mon expérience, comment on a vécu cette opération en tant que famille. Avant de passer par tout ça je n’avais pas du tout imaginé tout ce que ça impliquerait. On le découvre ensemble au fur et à mesure.

Je veux en profiter pour remercier toutes les personnes avec qui j’ai pu échanger dans ces moments difficiles, amis et famille, vos messages m’ont soutenue et fait chaud au coeur… La solitude du moment en était tout de même moins pesante. <3

Si d’autres familles de personnes sleevées ont envie de raconter cette journée spéciale, vous pouvez me contacter par mail, et si ça vous dit je pourrai publier votre témoignage pour partager votre expérience avec ceux que ça peut intéresser…

Bonne route à tous, sleevés et familles !
Bisous

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